La startup européenne All3 vient de boucler un tour de table de 25 millions de dollars en seed pour pousser ses robots de chantier sur les premiers projets résidentiels allemands. Le round est mené par RTP Global, avec SuperSeed en participation significative, et Begin Capital, s16vc et VNV Global en complément. L’objectif affiché : tripler la productivité du BTP grâce à une chaîne entièrement automatisée, du design jusqu’à l’assemblage sur site.
La promesse est massive. All3 annonce jusqu’à 30 % d’économies sur les coûts, 50 % de délais en moins et 25 % de carbone gris en moins par rapport à la construction traditionnelle, sans limite sur la forme ou le design du bâtiment. Le secteur en a bien besoin : la construction représente un marché mondial de 6 700 milliards de dollars, mais sa productivité n’a quasiment pas bougé en cinquante ans.

Mantis, le quadrupède qui assemble sur site
La pièce centrale du dispositif s’appelle All3 Mantis. C’est un robot autonome à pattes, conçu pour évoluer sur des chantiers urbains denses et irréguliers, là où les systèmes de préfabrication classiques ne tiennent pas. Mantis assemble directement les composants livrés depuis les usines robotisées d’All3, eux-mêmes générés par un logiciel de conception piloté par IA.
Cette approche dite « end-to-end » rompt avec la préfabrication standardisée. Là où les méthodes industrielles existantes imposent des designs catalogue pour gagner en productivité, All3 produit chaque composant à la demande, sans contrainte architecturale. C’est ce qui permet à la jeune pousse d’attaquer le marché du logement urbain, où les terrains atypiques sont la norme plutôt que l’exception.
Le marché allemand en première ligne
Le choix de l’Allemagne n’est pas anodin. Le pays affiche une pénurie estimée à 700 000 logements et galère à honorer ses propres objectifs de construction. All3 affirme avoir déjà fait passer plus de 100 000 mètres carrés de projets résidentiels dans son logiciel de conception, ce qui alimente un pipeline commercial substantiel pour 2026 et 2027.
Les fonds levés serviront à deux choses : accélérer la R&D entre Londres et Belgrade, et déployer la première flotte de robots sur des chantiers actifs en Allemagne. La société promet que le premier bâtiment érigé avec sa technologie sortira de terre dès cette année.
Une thèse « physical AI » qui séduit les fonds européens
Rodion Shishkov, CEO et cofondateur d’All3, défend une mission directe : « La construction est le plus grand secteur mondial qui attend encore sa révolution de productivité. C’est une opportunité à mille milliards de dollars. » Jelmer de Jong, partner chez RTP Global qui rejoint le board, voit dans All3 « la profondeur d’ingénierie et le focus stratégique » capables de débloquer un secteur historiquement bloqué.
Mads Jensen, managing partner chez SuperSeed, est plus politique : « L’Europe a besoin de ses propres champions de la physical AI. » Le constat se vérifie. Les robots de construction sont aujourd’hui dominés par des acteurs américains et japonais, et la levée d’All3 s’inscrit dans une vague européenne plus large où des startups comme Neura Robotics ou Helsing tentent de bâtir une souveraineté industrielle.
Reste à transformer l’essai. Les démos de chantiers automatisés s’accumulent depuis cinq ans dans le secteur, mais peu ont survécu à la confrontation avec les contraintes opérationnelles réelles : météo, coordination avec les corps de métier humains, gestion des imprévus. All3 a désormais le carburant pour faire la preuve.
