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Foundation Future Industries veut envoyer ses humanoïdes Phantom au front : 24 millions de dollars de contrats Pentagone et un test en cours en Ukraine

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Pendant que la Silicon Valley dispute la course aux humanoïdes domestiques, une jeune pousse de San Francisco mise sur un tout autre marché. Foundation Future Industries vient d’annoncer à CNBC que ses humanoïdes Phantom MK-1 sont déjà en cours de test sur le sol ukrainien et qu’elle vise un déploiement avec les forces armées américaines dans les douze à dix-huit mois. La startup, fondée en 2024, revendique 24 millions de dollars de contrats de recherche signés avec l’Army, la Navy et l’Air Force pour des missions d’inspection, de logistique et de manutention d’armement.

Deux Phantom MK-1 envoyés sur le théâtre ukrainien

Sankaet Pathak, le PDG de Foundation, explique avoir envoyé deux unités Phantom MK-1 en Ukraine plus tôt cette année dans le cadre d’une démonstration pilote, soutenue par le gouvernement américain et menée avec les autorités ukrainiennes. Les tests portent sur la logistique en zone dangereuse, autrement dit le ramassage et le transport de matériel dans des secteurs exposés au feu russe. Selon le dirigeant, c’est le premier déploiement connu d’un humanoïde dans un théâtre d’opérations actif.

Le Phantom MK-1 reste pour l’instant un robot de capacités modestes. Il transporte environ 20 kg de charge utile, n’est pas étanche et possède une autonomie limitée. Foundation prépare déjà une version Phantom 2, attendue en Ukraine cette année, qui doublera la charge utile et promet des capacités décrites par Pathak comme « surhumaines ». Le ministère ukrainien de la Défense n’a pas commenté l’opération et le Pentagone n’a pas répondu aux sollicitations de CNBC.

Eric Trump conseiller stratégique, 24 millions de dollars de contrats

Foundation Future Industries assume sa proximité avec Washington. Eric Trump, fils du président américain en exercice, a rejoint la société comme conseiller stratégique en chef après en avoir été investisseur. Selon un porte-parole cité par CNBC, les deux parties partagent une vision commune de relocalisation industrielle aux États-Unis. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a qualifié l’arrivée du fils Trump et la signature des contrats fédéraux de « corruption à ciel ouvert » dans un message publié sur X.

Côté commercial, Pathak indique que les discussions avec le gouvernement américain sont passées du stade de la faisabilité à celui de l’industrialisation. La feuille de route prévoit de produire plusieurs milliers d’unités cette année et de basculer vers une utilisation opérationnelle au sein des forces armées dès la fin 2027. Aucune armée américaine n’a, à ce jour, communiqué publiquement sur le déploiement d’un humanoïde, ce qui ferait de Foundation un précurseur direct si ses promesses se concrétisent.

L’Ukraine, terrain d’essai grandeur nature pour la robotique militaire

Le choix de l’Ukraine n’a rien de fortuit. Le conflit avec la Russie est entré dans sa cinquième année et sert depuis longtemps de laboratoire à ciel ouvert pour la robotique et l’IA militaires. Les drones autonomes et les robots terrestres de ravitaillement y sont déjà utilisés au quotidien. L’arrivée d’humanoïdes bipèdes change néanmoins la nature du test : Foundation veut prouver qu’un robot à forme humaine peut prendre la place du soldat sur les missions les plus dangereuses, en transportant des charges et en évoluant dans des bâtiments conçus pour des êtres humains.

Foundation se positionne explicitement face à la Chine, où plusieurs constructeurs développent eux aussi des humanoïdes destinés à des usages industriels et, parfois, militaires. Pékin a montré récemment des démonstrations de robots-chiens armés et de soldats humanoïdes pilotés à distance, sans communiquer sur des déploiements de terrain. Pathak revendique la volonté de livrer au Pentagone « les meilleurs robots possibles, supérieurs à tout ce que la Chine peut produire ». Une promesse qui place la startup au cœur de la rivalité technologique entre Washington et Pékin, sur un segment encore peu réglementé.

Reste la question éthique, soulevée par les défenseurs des droits humains depuis l’apparition des premiers drones armés. Foundation insiste sur le caractère « dual-use » de ses Phantom, qui peuvent aussi servir dans des environnements industriels lourds. La rapidité avec laquelle la société progresse, contrats fédéraux à l’appui, pose néanmoins de plein fouet le débat sur les systèmes d’armes létales autonomes, alors même que les armées européennes commencent tout juste à formaliser leur propre doctrine sur le sujet.