Industrie

Fraunhofer IPA dévoile le premier banc d’essai standardisé pour humanoïdes industriels, le Unitree G1 cale sur la sécurité et la cybersécurité

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Fraunhofer IPA vient de publier le premier banc d’essai européen standardisé pour humanoïdes industriels. L’institut allemand, leader de la recherche en automation, propose six critères mesurés selon les normes ISO existantes pour permettre aux entreprises de comparer objectivement les Unitree, Figure, Apptronik et autres avant de les déployer en usine. Première victime du test : le Unitree G1, dont une faille Bluetooth critique a été révélée.

L’annonce intervient le 29 mai, quelques heures avant que le NIST américain publie sa propre proposition de benchmark. Les deux initiatives confirment la même réalité : le marché des humanoïdes industriels est devenu trop chaotique pour que les acheteurs s’y retrouvent. « Le marché est trop volatile et non transparent pour évaluer de manière fiable les humanoïdes pour des applications individuelles », résume Simon Schmidt, responsable des systèmes automatisés chez Fraunhofer IPA.

Six critères calibrés sur les normes ISO existantes

Le benchmark Fraunhofer ne part pas de zéro. Il s’appuie sur des normes industrielles éprouvées depuis des décennies : ISO 14644 pour la compatibilité salle blanche, ISO 10218 et ISO TS 15066 pour la sécurité fonctionnelle des robots collaboratifs. Six modules le composent. D’abord les capacités de base : capteurs embarqués, modèles d’IA, types de préhenseurs, vitesse de marche, force de préhension, charges manipulables, le tout mesuré par un système de tracking 3D et des capteurs de force.

Le deuxième module évalue les capacités complexes : monter des escaliers, franchir des obstacles, précision du mouvement et de la force, vitesse de réaction. Les tests sont volontairement difficiles pour permettre la comparaison avec les générations futures. La compatibilité salle blanche analyse les émissions de particules, le dégazage et le nettoyage, des critères indispensables pour le semiconducteur ou la pharma. La sécurité fonctionnelle teste la stabilité sur différentes surfaces et la limitation de force en cas de collision.

Les deux derniers modules sont les plus politiques. La cybersécurité couvre la gestion des vulnérabilités, le cycle de vie sécurisé, la sécurité réseau et la résistance aux intrusions. L’efficacité énergétique mesure l’autonomie et la consommation dans plusieurs scénarios : à l’arrêt, en marche, en marche avec inclinaison et charge.

Le Unitree G1 essuie les plâtres

Premier cobaye du banc d’essai : un Unitree G1 EDU-4 équipé des mains à trois doigts Dex3-1, livré en mai 2025 avec le firmware 1.04. Les résultats sont contrastés. Le robot démontre une bonne auto-stabilisation et un potentiel pour les salles blanches ISO classe 5. Mais lors des tests de collision, les forces relevées dépassent 500 Newtons, soit largement au-dessus des seuils de douleur autorisés par les normes pour la collaboration homme-robot.

Plus grave, les chercheurs ont identifié une vulnérabilité Bluetooth critique dans le firmware testé, qui permettait à un attaquant de prendre le contrôle complet du robot à distance. Unitree a depuis corrigé la faille, mais l’épisode rappelle que les humanoïdes restent des ordinateurs sur pattes connectés au réseau. Côté énergie, le G1 tient 2 heures et 49 minutes en station debout, mais seulement 1 heure et 49 minutes dans un scénario typique combinant marche et station debout. Le verdict rejoint le dossier sur le « paradoxe du poids » des batteries que la presse spécialisée documente depuis plusieurs semaines.

Un calendrier qui pèse sur les acheteurs

L’initiative Fraunhofer arrive alors que les normes de sécurité spécifiques aux humanoïdes ne sont pas attendues avant 2028, avec la publication d’ISO 25785-1. En attendant, les industriels qui veulent investir plusieurs centaines de milliers d’euros dans un parc d’humanoïdes n’ont aucun moyen objectif de comparer un Figure 03, un Unitree G1, un Apptronik Apollo ou un Doozy Robotics. « Les utilisateurs peuvent désormais interpréter directement les résultats et trouver le bon humanoïde pour la bonne application », souligne Werner Kraus, responsable recherche chez Fraunhofer IPA.

L’institut prévoit de tester d’autres modèles dans les prochains mois et de constituer une base de données comparative. Fabricants et utilisateurs peuvent commander des modules individuels ou la batterie complète. La démarche complète celle du NIST américain, qui propose de son côté un « low-footprint set » de tâches standardisées de locomotion et manipulation pour évaluer les humanoïdes. L’Europe et les États-Unis convergent donc vers une grille de lecture commune, à un moment où la Chine vient de mettre en place un système de carte d’identité numérique pour ses 28 000 humanoïdes déjà déployés. Le standard international, lui, attendra 2028.

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