La start-up française Genesis AI a présenté mardi son premier robot polyvalent, baptisé Eno. La jeune pousse, soutenue par l’ancien patron de Google Eric Schmidt, fait le pari d’un design qui tourne le dos à l’humanoïde classique, au moment où l’intelligence artificielle quitte les chatbots pour s’incarner dans des machines.

Un robot pensé pour la fonction, pas pour la ressemblance
Eno ne marche pas. À la place de jambes, il repose sur une base à roues et un mât télescopique qui ajuste sa hauteur, puis se replie comme une valise cabine quand la machine ne sert pas. Le reste s’inspire bien de l’humain : deux bras et des mains dont la forme reprend celle de la main humaine.
La logique tient en une phrase de Genesis AI. « Nous imitons les humains dans les capacités, pas dans la forme », résume Vivian Sun, vice-présidente commerciale et stratégie. Selon elle, la base à roues a été choisie parce que la plupart des clients industriels travaillent sur sol plat. Des jambes n’auraient de sens que pour des usages comme monter des escaliers, et le mât pliable permet déjà au robot de se hausser et de se baisser.
Un modèle d’IA maison et un calendrier serré
Eno fonctionne avec le modèle d’IA développé en interne par Genesis AI. La société a déjà assemblé quelques dizaines d’unités et compte monter en cadence au second semestre 2026. Les premiers déploiements ciblés sont prévus pour la fin de l’année, d’abord chez des clients de la logistique et de la fabrication, avant l’hôtellerie, les hôpitaux et, plus tard, le grand public.
Fondée début 2025, Genesis AI a levé 105 millions de dollars, soit environ 90,6 millions d’euros. C’est l’un des plus gros tours de table français, à égalité avec le tour d’amorçage record de Mistral AI, la principale entreprise d’IA européenne. La valorisation de Genesis AI n’a pas été communiquée.
La bataille de l’IA physique se densifie
Eric Schmidt a défendu le projet dans un communiqué. Selon lui, la machine ne remplacera pas l’expertise humaine mais viendra « l’amplifier », pour saisir ce qu’il décrit comme « l’une des plus grandes opportunités économiques de l’ère de l’IA ».
Le marché mondial de la robotique grossit vite, porté par les progrès de l’IA, et le débat sur ses effets sur l’emploi monte d’un cran. Un sondage Reuters/Ipsos publié ce mois-ci indique que 53 % des Américains craignent que l’IA prive d’emploi un membre de leur foyer. Côté technique, deux verrous restent à lever : la puissance de calcul embarquée et l’autonomie des batteries.
En misant sur un robot à roues plutôt que sur un humanoïde bipède, Genesis AI tente une voie différente de celle de Tesla, Figure ou des fabricants chinois. Reste la question habituelle de la robotique : l’écart entre la démonstration soignée et le produit réellement déployé en clientèle.
