Le français Mistral se pose en partenaire de secours pour l’Europe, alors que l’inquiétude monte après la suspension par Anthropic de l’accès à certains de ses meilleurs modèles. La semaine dernière, le gouvernement américain a ordonné à Anthropic de couper l’accès de deux de ses modèles aux ressortissants étrangers. De quoi déclencher des signaux d’alarme de ce côté de l’Atlantique, et offrir à Mistral une fenêtre pour s’imposer comme une solution de rechange fiable.
« Hors du contrôle centralisé des États »
Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral, a publié un message sans détour sur LinkedIn. Il y explique que son entreprise existe pour que chacun ait accès aux meilleurs systèmes d’IA, en dehors du contrôle centralisé exercé par des États ou des entreprises soucieuses de maîtriser le déploiement final de la technologie. Sans nommer Anthropic, il reconnaît que Mistral s’est retrouvé sous les projecteurs ces derniers jours.
Fondée à Paris en 2023, Mistral s’est lancée pour offrir une alternative européenne aux fournisseurs américains de modèles de fondation comme OpenAI, Anthropic et Meta. La société a depuis élargi son activité vers l’infrastructure et construit des centres de données à travers l’Europe pour renforcer les capacités de calcul de la région.
L’open source comme argument de souveraineté
L’atout mis en avant tient à son modèle ouvert. Mistral propose des modèles open source : les clients peuvent les inspecter, les personnaliser et les faire tourner sur leur propre infrastructure. Cela donne davantage de maîtrise que les modèles fermés, prêts à l’emploi, détenus par des fournisseurs tiers. Pour Mensch, les États et les organisations doivent disposer d’une souveraineté sur la technologie : ils devraient posséder et contrôler les systèmes qui intègrent leur propriété intellectuelle et qui finiront par faire tourner leurs processus les plus critiques.
Le dirigeant assume le retard pris sur les géants américains. Mistral a démarré plus tard que d’autres et a dépensé une fraction des budgets de déploiement de ses concurrents. Il admet que l’entreprise ne possède pas encore les meilleurs modèles de langage, mais affirme travailler à combler l’écart.
Un pari sur la fiabilité plutôt que la course en tête
Mistral reste un petit acteur face à ses rivaux d’outre-Atlantique. Anthropic a récemment atteint une valorisation de 965 milliards de dollars, OpenAI de 852 milliards. La société parisienne a levé 3,5 milliards d’euros à ce jour et discuterait d’une nouvelle levée de 3 milliards sur une valorisation d’environ 20 milliards. Son pari : offrir à ses clients fiabilité et contrôle, en partant du principe que l’IA devient une technologie de base dont chaque organisation a besoin d’un approvisionnement sécurisé et abordable.