Sur le salon Automate 2026 à Chicago, les robots humanoïdes ont fait le spectacle. Ils dansaient, préparaient des cafés au lait et discutaient avec les visiteurs. Mais derrière l’engouement, les dirigeants du secteur réunis en table ronde ont livré un message plus nuancé : le chemin vers l’usine reste long.
Beaucoup de buzz, peu de déploiements réels
« Il y a clairement beaucoup d’agitation », a reconnu Jim Brown, directeur commercial de Teradyne Robotics. Le public est fasciné par la forme humaine des machines, mais oublie parfois de se demander quels problèmes elles résolvent vraiment. Le format humanoïde consomme beaucoup d’énergie, et rester debout n’est pas gratuit pour un robot.
Face à eux, des alternatives éprouvées. Les robots mobiles autonomes et les chariots automatisés se déplacent sur roues, les bras industriels restent fixés à leur poste pour les tâches lourdes ou répétitives, et les cobots travaillent aux côtés des humains pour la palettisation ou l’inspection qualité. Autant de solutions qui font déjà ce qu’un humanoïde promet de faire.
Des chiffres qui donnent le vertige
Le marché reste pourtant balbutiant. Les installations mondiales d’humanoïdes ont atteint 2 000 unités en 2024, sont montées à 15 000 en 2025, et pourraient toucher 60 000 unités cette année selon Barclays. Une accélération portée par la chute des coûts de production et par une vague d’investissements sans précédent.
Les jeunes pousses de la robotique ont levé plus de 18,8 milliards de dollars au premier semestre 2026, dépassant déjà le record de 15 milliards établi sur toute l’année précédente, d’après Crunchbase. Le fabricant allemand Neura Robotics, soutenu par NVIDIA et Amazon, a bouclé un tour de table de série C en juin. Le spécialiste texan des navires autonomes Saronic a levé 1,75 milliard de dollars en mars.
Notre analyse
Le décalage entre la démonstration et la production reste le vrai sujet. « Quelque chose qui réussit à 80 % en laboratoire, c’est formidable », a rappelé Mikell Taylor, du centre de robotique autonome de General Motors. « Mais 80 % de réussite, c’est un échec en production. » Comme un modèle de langage peut halluciner, un robot piloté par l’IA peut faire des choix absurdes pour attraper un colis.
Le consensus des experts penche vers un déploiement progressif : d’abord l’industrie manufacturière sur la prochaine décennie, puis le commerce, et enfin le foyer, mais bien plus tard. La forme finale, sur roues, sur jambes ou sous forme de bras, importera moins que la capacité à répondre à un besoin concret du client. Le risque, prévient Jan Louwen de Stäubli Robotics, serait de trop promettre et de faire retomber le soufflé au moment où la technologie commence enfin à convaincre.