Le Japon vient de poser sa première pierre dans la guerre mondiale des humanoïdes Physical AI. ATOM Inc., startup fondée à Tokyo en novembre 2025 par le serial entrepreneur Shunsuke Aoki, annonce avoir bouclé un tour de table seed de 3 milliards de yens, soit environ 19 millions de dollars, pour fabriquer un robot humanoïde bipède à deux bras pensé pour l’industrie et la logistique japonaises.
Le tour est co-mené par trois acteurs lourds du capital-risque local : ANRI, Beyond Next Ventures et JAFCO Group. À leurs côtés, un syndicat aligne ALPHA, JIC Venture Growth Investments, Sumisho Venture Partners et surtout les bras d’investissement des trois mégabanques nippones, Blue Lab pour Mizuho Financial Group, Mitsubishi UFJ Capital et SMBC Venture Capital. Une configuration rare : un tour seed avec, dès le départ, l’appui financier explicite de tout le système bancaire majeur du pays.

Un humanoïde maison pour défendre l’industrie japonaise
ATOM mise sur une approche entièrement verticale. La startup conçoit en interne le hardware bipède dual-arm et les modèles de fondation robotique qui le pilotent, ce qu’elle appelle Physical AI. L’idée : utiliser les données collectées sur le terrain pour affiner en continu les modèles, comme le fait Tesla avec Optimus ou Figure avec Helix, mais en restant souverain sur la stack matérielle et logicielle.
Le robot visera d’abord le transport, le réapprovisionnement et le kitting dans les usines et les entrepôts. Trois tâches qui mobilisent encore beaucoup de main-d’oeuvre japonaise et qui souffrent d’une démographie en chute libre. La pénurie est telle que la fédération japonaise d’industrie projette un déficit de 11 millions de travailleurs d’ici 2040.
Aoki revient avec une équipe de Carnegie Mellon et Turing
Shunsuke Aoki n’est pas un inconnu. Le fondateur a passé plusieurs années chez Turing Inc., l’autre startup japonaise montante dans l’IA embarquée pour la conduite autonome, et a effectué de la recherche en Physical AI à Carnegie Mellon University, l’un des labos pionniers du domaine. Il a assemblé une équipe qui mêle conduite autonome, robotique, machine learning et hardware, profils habituellement éclatés entre Toyota Research Institute, Sony et les centres de recherche universitaires.
Beyond Next Ventures, dans son communiqué, justifie son investissement par la nécessité pour le Japon de posséder en propre ses plateformes humanoïdes et ses modèles de fondation robotique. Tsuyoshi Ito, son fondateur, parle directement de compétitivité industrielle et de sécurité économique, deux mots qui pèsent lourd dans un pays qui regarde la Chine d’Unitree, d’AgiBot et de XPENG sortir des robots à plus de 5 000 unités par an.
Une ambition assumée : +1% de PIB japonais
Le management d’ATOM affiche un objectif macroéconomique inhabituel pour une startup : booster le PIB japonais de 1%. Concrètement, les fonds vont financer un recrutement agressif d’ingénieurs IA et hardware, l’extension de l’infrastructure de développement et la préparation des premiers déploiements terrain. La feuille de route prévoit aussi la construction de centres dédiés de collecte de données et le développement de world models propriétaires.
Le timing est cohérent avec l’agenda industriel nippon. Honda a relancé son ASIMO sous une autre forme, Toyota teste ses robots dans ses usines de Toyota City, et Boston Dynamics, propriété de Hyundai, sert de référence concurrentielle. Mais aucun acteur strictement japonais ne s’était positionné jusqu’ici sur le créneau humanoïde commercial à grande échelle. ATOM veut combler ce vide.
Le syndrome des Galápagos en ligne de mire
Le Humanoids Summit de Tokyo, fin mai, a confirmé une réalité gênante pour Tokyo : les robots chinois ont écrasé le salon japonais, au point que les experts parlent de syndrome des Galápagos, ce risque pour le Japon de développer une robotique isolée du reste du monde. ATOM arrive précisément dans ce contexte, avec une promesse de souveraineté technologique et un capital qui mêle VC indépendants et écosystème bancaire historique.
Reste à voir si la startup peut tenir le rythme face à des concurrents qui itèrent en quelques semaines. Mais avec 19 millions de dollars en seed et le soutien explicite de Mizuho, MUFG et SMBC, ATOM démarre avec un capital symbolique et financier qu’aucune autre startup robotique japonaise n’avait jusqu’ici réuni.
