L’Agence de l’innovation de défense (AID) du ministère des Armées a levé le voile, jeudi 28 mai, sur KORRA. Ce projet exploratoire vise à intégrer un lance-roquette de 84 mm sous un drone aérien. Il est mené pour le compte du Battle Lab Terre (BLT) et bénéficie de l’expertise du centre DGA Techniques terrestres de Bourges pour les phases de tests.
KORRA n’est pas une lubie isolée. Le projet, lancé en 2023, s’inscrit dans la continuité d’un précédent programme baptisé AVATAR, pour Action par Vecteur Aérien de Tir d’Armement Robotisé. Autrement dit, l’armée de Terre française creuse depuis plusieurs années une famille de solutions où un drone porte une arme, la transporte sur zone, et la déclenche à distance avec un opérateur humain dans la boucle de décision.
Un lance-roquette de 84 mm sous un drone
Le calibre 84 mm renvoie immédiatement au Carl-Gustaf, lance-roquette antichar suédois en service dans plusieurs armées occidentales dont la France. C’est une arme polyvalente, capable de tirer des munitions antichars, antipersonnel ou éclairantes. Greffer ce type d’arme sous un drone change radicalement son employabilité : la plateforme aérienne donne du recul, de l’angle de tir et la possibilité d’engager des cibles à couvert.
Le projet reste pour l’instant exploratoire. Il vise à acquérir des connaissances pour le BLT. À l’issue de l’expérimentation, les experts de la DGA rédigeront un jeu de recommandations destiné aux forces, afin de poursuivre l’analyse technique et opérationnelle de ce type de solution. Ni le drone porteur, ni l’industriel partenaire, ni le calendrier précis des essais ne sont communiqués.
L’AID comme facilitateur réglementaire
« L’Agence de l’innovation de défense s’est positionnée en tant que facilitateur afin de soutenir et accompagner le projet du BLT et faire ainsi le pont entre les différents centres d’experts de la DGA. L’objectif principal de cet accompagnement, était de permettre la réalisation de cette expérimentation dans les meilleures conditions sur le plan réglementaire et sécuritaire », souligne le capitaine Julien, Manager Innovation Drone aérien au sein de l’AID.
La précision réglementaire n’est pas anodine. Tirer une roquette militaire depuis un drone touche à la fois au droit aérien, au droit des armements et aux règles de sécurité des essais en zone DGA. Le rôle de l’AID consiste justement à débloquer ce maquis administratif pour qu’une innovation puisse être testée dans un cadre légal.
Une réponse française à la guerre des drones
Le contexte est limpide. La guerre en Ukraine a popularisé l’usage massif de drones armés, qu’il s’agisse de munitions rôdeuses, de drones FPV bourrés d’explosifs ou de plateformes plus lourdes capables de larguer des charges. La France, comme la plupart des armées occidentales, tire les leçons et accélère ses programmes de robotisation au sol et dans les airs.
KORRA prolonge ces enseignements. Il ne s’agit pas d’une arme miracle, mais d’une brique technologique que l’armée veut maîtriser en propre, avec des industriels nationaux et dans un cadre réglementaire validé. C’est aussi un message politique : la souveraineté française sur les drones armés se construit, projet après projet, avec une coopération assumée entre BLT, AID et DGA TT.
Reste la question de l’éthique. Tous les programmes français de drones armés conservent un opérateur humain dans la décision de tir. Le débat sur les systèmes d’armes létales autonomes est régulièrement abordé à l’Assemblée nationale et au Sénat. Avec KORRA, le ministère insiste sur le mot « accompagner » : l’innovation est encadrée, pas lâchée dans la nature. Mais l’évolution rapide de l’IA embarquée sur les drones rendra inévitablement ce débat plus pressant dans les prochaines années.