France

Instadrone à Béziers : la PME française qui veut transformer un Unitree G chinois en sauveteur en mer et détecteur d’incendie

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

Béziers, 13 mai 2026. Instadrone, premier réseau d’opérateurs de drones français, présente sa première unité robotique humanoïde, un Unitree G acheté en Chine pour environ 20 000 euros. La vidéo a fait le buzz sur la page officielle de la Ville de Béziers et le PDG Cédric Botella esquisse déjà des cas d’usage très concrets : largage de bouées de sauvetage en complément de drones aériens, détection d’incendie dans les bâtiments, sécurité civile. Le pari est clair : assembler sa propre flotte de robotique de service en région Occitanie sans attendre que les Français en construisent eux-mêmes.

Un Unitree G acheté 20 000 euros et déjà testé en démonstration publique

L’objet en question s’appelle Unitree G, une déclinaison de la gamme humanoïde de Unitree Robotics, le hangzhouïen qui prépare son IPO à Shanghai avec une valorisation entre 3 et 7 milliards de dollars. Le modèle utilisé par Instadrone mesure 1,37 m pour 40 kg, avec une autonomie d’environ une heure. Il marche, danse, exécute des séquences de kung-fu calibrées et reproduit la gestuelle qui a fait la viralité d’Unitree sur les réseaux chinois depuis deux ans. Tarif d’acquisition annoncé par le PDG : autour de 20 000 euros, ce qui place le robot dans la même fourchette qu’un véhicule utilitaire neuf et bien en dessous des Figure 03, Optimus ou Atlas dont les coûts unitaires se chiffrent en centaines de milliers de dollars.

La présentation a eu lieu le 13 mai à Béziers. La vidéo officielle, relayée par la Ville, a généré une vague de commentaires entre fascination et inquiétude, certains internautes citant Terminator. Cédric Botella, ancien gendarme passé à l’aérien autonome, ne s’en cache pas : il joue volontiers la carte du buzz pour faire connaître son projet. Mais derrière la démonstration, il y a une stratégie industrielle.

Pourquoi un spécialiste des drones bascule sur les humanoïdes

Instadrone se présente comme le premier réseau français d’opérateurs de drones. L’entreprise opère sur les chantiers, les sites industriels, les événements et les missions de sécurité civile. Le problème identifié par Cédric Botella : les drones ne rentrent pas dans les bâtiments. Pour fermer la boucle, il faut un module robotique terrestre capable de prendre le relais à l’intérieur des locaux.

Concrètement, le scénario type cité par Instadrone implique deux machines complémentaires. Un drone aérien repère un départ d’incendie ou une situation de détresse à l’extérieur. Un humanoïde, lui, s’introduit dans le bâtiment ou approche d’une plage pour la détection précise, l’évaluation des risques et éventuellement l’intervention. L’ambition n’est pas seulement technique : Béziers se positionne comme un pôle français de la robotique mobile autonome, en parallèle d’autres clusters comme Toulouse (LAAS-CNRS) ou Saclay.

Première mission visée : éviter les noyades sur les plages de la Méditerranée

Le cas d’usage le plus avancé concerne les baigneurs en détresse. « On travaille avec Béziers Méditerranée pour que nos drones puissent larguer des bouées de sauvetage et éviter les noyades », explique Cédric Botella. La saison estivale 2025 a compté plusieurs centaines de victimes en France selon Santé publique France, et le sujet revient chaque année sans solution technique satisfaisante.

L’idée d’Instadrone consiste à déployer un essaim de drones surveillant les plages, capables d’intervenir en moins de deux minutes là où un maître-nageur met facilement quatre à cinq minutes pour atteindre une zone d’alerte. L’humanoïde n’a pas vocation à remplacer le sauveteur humain, précise le PDG : il vient compléter le dispositif sur des cas d’usage où le facteur temps prime.

« Robotic for good » et choix assumé du non-militaire

Cédric Botella affiche une position tranchée sur les usages. Il avait déjà condamné publiquement l’usage offensif des drones sur le front russo-ukrainien et applique la même règle à son humanoïde. Pas de scénario militaire, pas de partenariat avec des intégrateurs de défense. La ligne s’appelle « robotic for good » et cible exclusivement la sécurité civile, le sauvetage et l’assistance.

Sur la question du remplacement des emplois, le PDG d’Instadrone refuse l’agitation autour du grand remplacement par les machines. Sa formule : « Chaque saut technologique majeur a permis la création de nombreux emplois. » Reste à voir si la position tiendra quand les Unitree G coûteront 5 000 euros au lieu de 20 000 dans deux ans, comme le prédisent plusieurs analystes du secteur.

Une dépendance assumée à la Chine

Le point qui ne sera pas évacué facilement, c’est la souveraineté. Le robot d’Instadrone est intégralement fabriqué en Chine. Unitree assemble à Hangzhou et n’a pas d’usine européenne. La carte d’identité numérique obligatoire que la province du Hubei vient d’imposer aux humanoïdes, pour traçabilité, ne s’applique évidemment pas aux unités exportées, mais elle dit l’asymétrie : Pékin sait quels robots roulent sur son territoire, Paris n’en a aucune idée.

Instadrone parie sur un assemblage logiciel français au-dessus du matériel chinois, avec ses propres routines de mission, ses propres protocoles de pilotage et un module global de gestion entre aéronefs et unités terrestres. Reste à savoir si ce modèle de « value-add national » tient face à des fabricants chinois qui sortent une nouvelle génération tous les six mois et qui finiront par proposer eux-mêmes les couches logicielles. C’est l’enjeu industriel central pour la robotique française dans les trois prochaines années, dans un secteur où les commandes publiques de la France passent encore très majoritairement par des fournisseurs étrangers.

🤖 Robots mentionnés dans cet article