Le capital afflue vers la robotique comme jamais. Selon les données de Crunchbase, les startups du secteur ont déjà levé 18,8 milliards de dollars dans le monde depuis le début 2026. Le chiffre dépasse les 15 milliards récoltés sur l’ensemble de l’année 2025, et il reste encore plus de six mois de levées à venir.

Un record qui efface le pic de 2021
Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il faut se rappeler que 2021 faisait jusqu’ici figure d’année de référence pour le financement à risque, avec 14,1 milliards de dollars investis dans la robotique. Ce niveau est déjà battu en moins de six mois. La bascule traduit un changement de perception chez les investisseurs.
Pendant longtemps, la robotique passait pour un pari coûteux, lourd en matériel et lent à rentabiliser. Aujourd’hui, les fonds se tournent surtout vers l’IA incarnée, c’est-à-dire des intelligences artificielles dotées d’un corps physique qui agissent dans le monde réel en temps réel. C’est cette promesse logicielle, posée sur du matériel, qui attire les capitaux.
Des levées géantes en série
Plusieurs tours de table records expliquent ce bond. En tête, l’entreprise texane Saronic, spécialisée dans les navires autonomes pour la défense, a bouclé en mars une série D de 1,75 milliard de dollars menée par Kleiner Perkins, portant sa valorisation à 9,25 milliards.
L’allemande Neura Robotics a sécurisé jusqu’à 1,4 milliard de dollars en série C, avec Tether comme chef de file. Même montant pour l’américaine Skild AI, qui développe un cerveau universel capable de piloter n’importe quel robot : sa valorisation a triplé pour dépasser 14 milliards, sous l’impulsion de SoftBank et du fonds de NVIDIA. À Pékin, Shihang Intelligent a levé 1 milliard de dollars en série A le 15 juin, tandis qu’Apptronik a porté son tour à plus de 935 millions avec l’appui de Google, Mercedes-Benz et John Deere.
Ce que révèle cette ruée
Deux des cinq plus gros tours de l’année viennent d’entreprises basées à Austin, devenue un pôle robotique aux côtés de la Silicon Valley. La Chine reste très présente, comme le montre le milliard levé par Shihang. Résultat : la robotique attire désormais les mêmes montants que les logiciels purs, signe que les investisseurs croient à une bascule industrielle proche.
Reste la question de fond. Ces valorisations supposent des déploiements massifs et rentables dans les prochaines années. Le secteur devra transformer l’enthousiasme financier en robots qui travaillent vraiment, dans des usines et des entrepôts, et pas seulement en démonstrations.