Les petits robots blancs à six roues qui livrent courses et plats à emporter pourraient bientôt circuler légalement partout en Angleterre. Le gouvernement britannique a fait savoir qu’il soutiendrait une modification de la loi pour encadrer ces engins, jusqu’ici tolérés dans un flou juridique. La nouvelle inquiète déjà les associations de défense des piétons.
Une loi de 1835 qui bloquait tout
Le problème vient d’un texte vieux de près de deux siècles. Le Highways Act de 1835 interdit aux « voitures » de rouler sur les trottoirs. Or les robots livreurs, qui se déplacent à basse vitesse pour apporter des repas ou des produits d’épicerie, tombaient dans cette zone grise. Ils fonctionnaient dans quelques villes sans cadre clair.
Le Department for Transport, qui pilote la réforme, veut ranger ces robots dans la même catégorie que les véhicules de micromobilité comme les trottinettes électriques. Une consultation publique a précédé la décision. Concrètement, la voie réglementaire passerait par le futur cadre sur la micromobilité.
Starship Technologies veut inonder le marché
Le principal acteur concerné s’appelle Starship Technologies. Cette entreprise basée à San Francisco, fondée par deux co-créateurs de Skype, exploite déjà ses robots dans plusieurs villes britanniques : Cambridge, Bristol, Milton Keynes, Sheffield, Leeds ou encore Barnsley. Ses engins blancs en forme de caisse, dotés de six roues, font partie du décor urbain dans ces zones.
L’ambition de Starship est claire. La société espère écouler plus de 10 000 robots sur le marché anglais et promet d’installer un site de production au Royaume-Uni si le gouvernement clarifie la législation. L’entreprise affirmait l’an dernier « détenir » le marché de la livraison robotisée en milieu urbain européen et comptait sur de nouveaux financements pour s’étendre fortement outre-Manche.
Les piétons vulnérables au centre des craintes
L’association Living Streets, qui milite pour la sécurité des piétons, a écrit à la secrétaire aux Transports Heidi Alexander pour appeler à la prudence. Elle lance une campagne baptisée Pavement Overload pour dénoncer l’encombrement croissant des trottoirs.
Les arguments portent surtout sur les personnes fragiles. Selon Living Streets, ces robots programmés pour n’emprunter que les trottoirs rendraient les cheminements encore plus congestionnés. Le risque concerne particulièrement les personnes âgées, les personnes aveugles ou malvoyantes, et celles qui utilisent des aides à la mobilité.
L’association souligne un danger précis : quand un robot croise un piéton sans place suffisante pour se croiser. « C’est particulièrement dangereux pour un utilisateur de fauteuil roulant sans bateau pavé à proximité, ou pour une personne aveugle accompagnée d’un chien guide dressé pour ne pas l’emmener sur la route », écrit-elle. Les robots ajoutent à la congestion existante et présentent des obstacles que ni la canne blanche ni le chien guide ne détectent de façon fiable.
Living Streets a aussi révélé que le statut légal des essais restait incertain. À Sheffield, un point de recharge Starship aurait été installé près d’un local scout sans que la municipalité ni les habitants n’en soient informés. Le débat oppose désormais la promesse d’une livraison automatisée à la défense d’espaces publics accessibles, fruit de décennies de campagnes.