Industrie

Le Wall Street Journal revele la dependance americaine aux composants chinois pour les robots humanoides

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le Wall Street Journal a publie cette semaine une enquete qui met en lumiere un paradoxe majeur de l’industrie robotique americaine : les robots humanoides les plus emblematiques des Etats-Unis, dont Tesla Optimus et ceux de Figure AI, dependent fortement de composants fabriques en Chine. Moteurs, capteurs, reducteurs, aimants a base de terres rares : les pieces qui font bouger un robot humanoide sont en grande majorite chinoises.

Les chiffres qui derangent

Selon l’enquete signee Raffaele Huang, Unitree fournit les moteurs qui animent le cou et les jambes du robot Olaf, cree par Nvidia et Google pour Disney. Tesla constitue une equipe en Chine pour sourcer des capteurs, des moteurs sans noyau et des reducteurs de vitesse destines a Optimus. Figure AI a eu recours a des fournisseurs chinois pour les articulations, capteurs et moteurs de ses premiers modeles, d’apres les analystes de HSBC.

Les composants de controle du mouvement, qui incluent les moteurs et reducteurs specialises, representent environ 55 % du cout total d’un robot humanoide, selon le cabinet TrendForce. Morgan Stanley estime que la chaine d’approvisionnement chinoise permet de reduire le cout de fabrication d’un humanoid de pres de deux tiers.

Le scenario DJI applique aux robots

Le parallele avec l’industrie des drones est frappant. DJI controlait 70 a 80 % du marche americain avant que la FCC n’ajoute tous les drones etrangers a sa liste de produits couverts en decembre 2025. La meme mecanique pourrait se mettre en place pour les robots humanoides.

Le 26 mars, les senateurs Tom Cotton et Chuck Schumer ont depose l’American Security Robotics Act, qui interdirait aux agences federales d’acheter ou d’operer des robots humanoides lies a des « adversaires etrangers ». Ce texte s’ajoute au Humanoid ROBOT Act depose en novembre 2025 et au National Commission on Robotics Act de fevrier 2026.

La Foundation for Defense of Democracies a deja recommande que la FCC envisage d’ajouter les robots chinois connectes a Internet a la meme liste qui a vise DJI.

La Chine fabrique les corps, l’Amerique programme les cerveaux

La repartition est limpide. Les Etats-Unis dominent sur les puces IA et les logiciels (Nvidia, OpenAI, Anthropic). La Chine controle la chaine physique : moteurs, engrenages, materiaux, capteurs et composants de precision. Les entreprises chinoises ont lance 28 modeles d’humanoides l’an dernier, pres de trois fois plus que les firmes americaines, selon Morgan Stanley.

Unitree a expedie plus de 5 500 robots humanoides en 2025 et prepare une introduction en Bourse a 610 millions de dollars a Shanghai. Pres de 90 % des robots humanoides vendus dans le monde en 2025 etaient chinois, selon Omdia. Face a cela, Figure AI, Agility Robotics et Tesla ont chacun vendu environ 150 unites.

Interdire sans alternative credible

L’experience des drones montre le risque d’interdire sans disposer de substituts industriels. Aucune agence federale n’a finalise l’audit de securite exige par le Congres dans la loi budgetaire 2025. DJI a ete banni par defaut bureaucratique, pas sur la base de preuves.

Pour les robots humanoides, le defi est identique. Interdire les composants chinois sans avoir developpe une chaine d’approvisionnement domestique risque de freiner une industrie americaine deja en retard sur les volumes. Tesla, qui subit deja les restrictions sur les aimants de terres rares, negocie pourtant avec des fournisseurs chinois pour commander des milliers de composants Optimus.

Le dilemme se resume en une phrase : les Etats-Unis veulent dominer l’ere des robots, mais ne fabriquent pas encore les pieces qui les font marcher.