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Locus Robotics rachète Nexera Robotics pour remplacer la ventouse de son Array par une main NeuraGrasp et picker 90 à 100% des SKU e-commerce

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

Locus Robotics passe à l’étape supérieure sur la manipulation mobile. La société du Massachusetts, qui a lancé son robot Array en avril 2026 lors du salon MODEX, vient de racheter la startup canadienne Nexera Robotics pour intégrer son end-effector NeuraGrasp à son manipulateur mobile. L’annonce officielle, datée du 19 mai, a été détaillée par Eugene Demaitre dans The Robot Report. L’objectif est simple à formuler mais difficile à tenir : pouvoir picker entre 90% et 100% des références d’un entrepôt e-commerce, contre une part bien plus limitée avec la ventouse d’origine.

Pourquoi la ventouse ne suffisait plus

Le Locus Array s’appuyait jusqu’ici sur un gripper à ventouse classique, le standard de fait sur les bras de picking depuis dix ans. Le problème est connu de tous les opérateurs logistiques. Les sachets polybags poreux, les vêtements pliés, les boîtes à couvercle articulé ou les contenants déformables résistent mal à l’aspiration. Soit la prise échoue, soit le produit se déchire, soit le robot doit basculer sur un outil secondaire et perdre du temps.

« La frontière de la robotique d’entrepôt aujourd’hui, c’est la manipulation mobile pilotée par IA à l’échelle industrielle », explique Rick Faulk, CEO de Locus Robotics. « Pouvoir saisir efficacement des millions de SKU avec à la fois vitesse et précision, c’est là que se créera la valeur de la prochaine décennie. Nexera a construit quelque chose de techniquement significatif dans ce domaine, et le combiner avec Array nous met en pointe. »

End-effector NeuraGrasp de Nexera Robotics avec membrane souple et capteurs intégrés
Illustration RoboActu

NeuraGrasp : membrane souple, vision et IA embarquée

Le NeuraGrasp ne ressemble ni à une ventouse, ni à une pince classique. Nexera, basée à Vancouver, a conçu un end-effector hybride qui combine une membrane souple compliante, des capteurs embarqués, de la vision par ordinateur et un modèle d’IA dédié. La membrane se déforme autour de l’objet à saisir et adapte sa surface de contact, ce qui permet de prendre aussi bien des sachets en plastique poreux que des petits contenants, des tissus, des produits irréguliers ou des emballages contondants.

« Nous voulions un seul gripper pour tout résoudre. Les autres sont limités par la ventouse ou doivent changer d’outil, ce dont la plupart des clients ne veulent pas », explique Gina Chung, chief strategy officer de Locus, à The Robot Report. La startup canadienne revendique déjà plusieurs millions de picks réalisés en conditions réelles avec sa technologie, ce qui réduit selon Locus le risque d’intégration. Roy Belak, CEO de Nexera, rejoint Locus et conserve son équipe.

Jusqu’à 2,2 kilos et 90 à 100% des SKU

Avec NeuraGrasp, le Locus Array pourra prendre de manière autonome des vêtements lâches dans des sachets, des emballages pharmaceutiques irréguliers, des produits aux contours non plans, de la petite électronique, des articles industriels ou des produits de consommation jusqu’à 2,2 kilos. Locus parle d’une bouteille de détergent comme cas typique. La société revendique une couverture comprise entre 90% et 100% des SKU sur la plupart de ses clients.

Quelques exceptions demeurent. « Array ne peut pas prendre des planches de surf, des boîtes à chaussures avec couvercle qui s’ouvre, ou des livres dont le couvercle peut s’ouvrir », reconnaît Gina Chung. « Mais sur la majorité des SKU clients, on couvrira de 90 à 100%. »

L’intégration de NeuraGrasp sur Array reposera sur LocusONE, la plateforme logicielle qui orchestre déjà la flotte des Locus Origin et Locus Vector, les AMR historiques de la marque. Les équipes de Locus et Nexera travaillent à fusionner les capacités de perception du gripper avec la pile de manipulation déjà présente sur Array. Le combiné sera commercialement disponible dans les prochains mois.

Une bataille de end-effectors

« Les bras de picking robotisés existent depuis un moment, mais Locus fait partie d’un petit groupe de fournisseurs qui embarquent nativement le picking au cœur de leur automatisation, signe d’un basculement vers du picking entièrement automatisé », analyse Rueben Scriven, research manager spécialisé en automatisation logistique chez Interact Analysis. « La manipulation des articles a été l’un des plus gros goulots d’étranglement du picking robotique. On a vu de belles avancées sur la vision machine et la planification de trajectoire, mais la manipulation et la préhension elles-mêmes restaient le point dur. »

Locus s’aligne ainsi sur les choix de Figure AI, dont le robot Helix-02 trie déjà plus de 100 000 colis chez un client logistique, et de Symbotic, qui pousse aussi vers des solutions multi-SKU. Le rachat de Nexera évite à Locus de développer en interne un gripper avancé, ce qui aurait pris des années. C’est la voie classique des consolidations du secteur, où les acteurs de l’AMR rachètent des spécialistes de la préhension plutôt que de les concurrencer.

Le Locus Array est déjà déployé chez plusieurs clients, et la société figure parmi les lauréats des RBR50 Robotics Innovation Awards 2026, qui seront célébrés au Robotics Summit de Boston la semaine prochaine. La sortie commerciale du couple Array + NeuraGrasp devrait se faire dans les mois qui viennent. Source : The Robot Report.

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