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Amazon enterre Blue Jay : le bras robotique d’entrepôt présenté en grande pompe en octobre est mis au placard en six mois

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Le projet n’aura pas tenu six mois. Amazon a confirmé cette semaine la mise à l’arrêt de Blue Jay, son système robotique présenté en grande pompe en octobre 2025 comme « une paire de mains supplémentaire » pour les ouvriers des entrepôts de livraison rapide. L’information sortie par Business Insider et confirmée par TechCrunch place Amazon en porte-à-faux avec son propre discours marketing.

Blue Jay, c’était une cellule robotique multi-bras destinée aux centres de same-day delivery. Le système devait orchestrer plusieurs bras articulés autour d’une même station pour préparer des commandes plus vite. Amazon l’avait dévoilé à l’automne 2025 sur son site corporate, avec démos vidéo et test en cours dans un entrepôt de Caroline du Sud. Six mois plus tard, la technologie centrale et les équipes sont redéployées sur d’autres projets internes.

Un « prototype » rebaptisé après coup

Le porte-parole d’Amazon a livré la justification officielle à TechCrunch. Blue Jay aurait toujours été un prototype, pas un produit. « Nous expérimentons constamment de nouvelles façons d’améliorer l’expérience client et de rendre le travail plus sûr, plus efficace et plus engageant pour nos employés. Dans ce cas, nous accélérons en réalité l’usage de la technologie sous-jacente. » La maison-mère affirme que presque toutes les briques techniques de Blue Jay continueront de servir, sans préciser lesquelles ni où.

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Illustration RoboActu

Le décalage entre la communication d’octobre 2025 et celle de mai 2026 est néanmoins frappant. À l’époque, Amazon mettait en avant une démo bien produite, une marque dédiée (Blue Jay, en référence au geai bleu), et une narration sur « l’IA agentique » appliquée à la logistique. Pas un mot sur le statut prototype. Le terme apparaît au moment d’expliquer la fermeture.

Un signal au moment où Wall Street parie tout sur la robotique d’entrepôt

Le timing est délicat. Locus Robotics vient d’annoncer son Locus Array chez DHL Supply Chain avec une promesse de réduction de main-d’œuvre de 90 %. RoboStrategy a coté son fonds Nasdaq sous le ticker BOT le 11 mai. Mind Robotics, le spin-off de Rivian, a dépassé le milliard de valorisation en six mois. Figure AI fait trier 101 391 colis en 81 heures à son humanoïde Jim. Le marché entier parie sur l’arrivée massive de robots dans les entrepôts.

Au milieu de cet enthousiasme, le numéro un mondial du commerce en ligne range un de ses projets robotiques au tiroir. Amazon reste évidemment l’opérateur de robots d’entrepôt le plus expérimenté de la planète, avec 750 000 unités déployées dont les Proteus autonomes, les Sequoia de tri et les Vulcan dotés de toucher. La mise à l’écart de Blue Jay n’est donc pas un retrait du domaine. C’est plutôt un rappel que tous les concepts ne passent pas le cap des tests opérationnels, et qu’un prototype élégant en vidéo peut buter sur les contraintes réelles d’un entrepôt qui tourne à 99,5 % de fiabilité.

La part non-dite : combien de projets Amazon vraiment arrêtés ?

Le porte-parole n’a pas précisé pourquoi Blue Jay ne fonctionne pas. Vitesse insuffisante, fiabilité, coût d’intégration, problème de préhension sur des références hétérogènes ? Toutes les hypothèses sont sur la table. Amazon ne publie pas les ratios de succès de ses projets robotiques internes, et la frontière entre « prototype réussi dont on récupère la techno » et « abandon discret » reste poreuse.

Pour les concurrents qui vendent leurs robots à Amazon ou cherchent à le faire (Figure, Apptronik, Locus, Symbotic), le message est ambigu. Amazon continue d’investir massivement dans la robotique logistique, mais resserre ses choix. Les projets internes qui ne passent pas la barre sont coupés vite, et les budgets sont réorientés. Ceux qui survivent (Vulcan, Proteus, Sequoia, Cardinal) auront une chance d’aller en production à grande échelle.

Pour Wall Street, le sujet est plus clair. La robotique d’entrepôt génère des annonces tous les jours, mais la conversion en déploiements industriels prend beaucoup plus de temps que les pitchs investisseurs ne le laissent croire. Six mois entre l’annonce et la fermeture d’un projet chez Amazon, c’est un rappel utile.

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