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Roland Berger : les robots humanoïdes peuvent atteindre 750 milliards de dollars dès 2035

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le cabinet de conseil Roland Berger vient de publier un rapport qui chiffre pour la première fois le potentiel économique global des robots humanoïdes. Le verdict : un marché OEM qui pourrait atteindre 750 milliards de dollars dès 2035 dans le scénario optimiste, et 2 000 milliards en 2050. Des montants comparables à l’industrie automobile actuelle.

2 dollars de l’heure : l’argument qui change tout

Le rapport met en avant un chiffre qui frappe : le coût d’exploitation projeté d’un robot humanoïde pourrait descendre à seulement 2 dollars de l’heure. Face aux pénuries de main-d’oeuvre structurelles (la population active devrait chuter de 22 % d’ici 2050 dans les principales régions industrielles), l’équation économique devient difficile à ignorer pour les industriels.

Roland Berger insiste : la question n’est plus de savoir si les robots humanoïdes fonctionneront, mais à quelle vitesse ils se déploieront dans les environnements industriels et de service.

Chine contre Occident : deux stratégies, deux paris

Le rapport identifie deux approches radicalement différentes. La Chine mise sur le déploiement rapide et l’apprentissage par le volume : des milliers d’unités pilotées en environnement contrôlé, avec une chaîne d’approvisionnement qui chevauche à plus de 50 % celle de l’automobile et du drone. Les fournisseurs auto chinois pivotent déjà agressivement vers la robotique humanoïde.

L’Occident, lui, parie sur une approche « IA d’abord » : modèles fondationnels, données, généralisation depuis les environnements structurés vers les situations non prévues. Deux volants d’inertie industriels distincts sont en train de se former, avec des implications profondes sur les écosystèmes qui domineront le marché.

Le hardware est prêt, l’écosystème pas encore

Roland Berger tempère l’enthousiasme : si le hardware approche de la maturité fonctionnelle, l’écosystème accuse un retard de trois à cinq ans. Les chaînes d’approvisionnement restent immatures, les normes de sécurité inadaptées aux environnements humains, et la génération de données continue de freiner les développeurs leaders.

Le marché des composants représente à lui seul une opportunité colossale d’ici 2035 : jusqu’à 79 milliards de dollars pour les actionneurs de mouvement, 42 milliards pour les structures et squelettes, 26 milliards pour les systèmes de mains et effecteurs.

Notre analyse

Ce rapport confirme ce que l’actualité illustre chaque semaine sur RoboActu : le marché des humanoïdes n’est plus une question de « si » mais de « quand » et surtout de « qui ». La stratégie chinoise du volume a un avantage immédiat : elle génère des données terrain à une vitesse que l’Occident ne peut pas égaler en laboratoire. AgiBot a déjà franchi les 10 000 unités, Unitree entre en Bourse.

Côté occidental, l’approche IA-first de Figure, Physical Intelligence ou Boston Dynamics pourrait s’avérer décisive à moyen terme, quand les robots devront s’adapter à des situations réellement imprévisibles. La fenêtre de positionnement stratégique se referme vite : les entreprises qui bougent maintenant façonneront les spécifications produit et s’assureront des conditions économiques favorables pour la décennie à venir.