Le coréen WIRobotics vient de boucler un tour de table Series B de 95 milliards de wons, soit environ 63 millions de dollars, pour accélérer le développement de son humanoïde ALLEX et préparer une commercialisation au quatrième trimestre 2026. L’annonce, faite vendredi 15 mai 2026 à Korea Biomedical Review, place le sud-coréen sur la liste sérieuse des challengers face à Tesla Optimus, Figure AI et Unitree dans la course aux humanoïdes industriels.
De l’exosquelette WIM à l’humanoïde ALLEX
WIRobotics n’est pas un nouvel entrant. La société, fondée à Suwon, a d’abord percé avec WIM, un exosquelette portable d’aide à la marche utilisé en rééducation et en mobilité assistée. Plus de 3000 unités ont déjà été vendues en Europe, en Chine, en Turquie et au Japon. Cette installed base donne au coréen un avantage rare dans le monde des humanoïdes : des années de données réelles sur la façon dont les gens marchent, gardent l’équilibre et réagissent à une assistance physique.
La société présente WIM non comme un simple wearable mais comme une plateforme d’IA physique qui apprend du mouvement humain. Ce gisement de données alimente le développement d’ALLEX, sa plateforme humanoïde de nouvelle génération.
Un humanoïde pensé pour la précision manuelle
ALLEX se distingue de ses concurrents par un focus très net sur la main et le bras. WIRobotics revendique une main à haut degré de liberté capable de sentir la direction de la force et la résistance, et de céder naturellement face à une pression externe. Les bras intègrent des mécanismes à faible friction et faible inertie, présentés comme une amélioration des bras collaboratifs classiques. L’argument coréen tient en une formule : 0,3 millimètre de précision sur la pointe des doigts.
Cette orientation rappelle une autre actualité coréenne récente : RLWRLD vient de lancer RLDX-1 à San Francisco, un modèle fondation pour humanoïdes dont les démos tournent justement sur ALLEX. La plateforme de WIRobotics sert déjà de hardware de référence pour la dexterity night de l’écosystème coréen, ce qui légitime son positionnement comme premier humanoïde de recherche du pays.
Vente en B2B aux laboratoires et géants de la tech
Le plan commercial est clair. ALLEX sera proposé à partir du quatrième trimestre 2026 aux entreprises d’IA, aux GAFAM et aux grands centres de recherche. La capacité de production annuelle visée est de plus de 300 unités d’ici fin 2027. C’est modeste comparé aux 10 000 robots IRON visés par XPeng la même année, mais cohérent avec une stratégie de plateforme de recherche premium plutôt que de production de masse à bas coût.
Les discussions avec des constructeurs automobiles mondiaux pour des usages en usine sont engagées mais aucun calendrier de déploiement n’est arrêté. WIRobotics attend la sortie de Mobile ALLEX, une version sur roues du robot prévue après 2027, pour pousser plus loin sur le terrain industriel. La société prépare aussi une filiale californienne dédiée aux partenariats internationaux et à la distribution de WIM et ALLEX.
Le tour de table et ses noms
La levée est menée par JB Investment, avec la participation d’InterVest, Hana Ventures, Smilegate Investment, SBVA, NH Investment & Securities, Company K Partners, GU Investment et FuturePlay. Plusieurs observateurs sur les réseaux sociaux mentionnent également AWS et Nvidia comme partenaires technologiques. L’essentiel des fonds servira au développement d’ALLEX et à la construction d’un système de production de masse capable de tenir la cadence.
Pour WIM, l’autorisation médicale coréenne est en phase finale et attendue avant fin juin 2026. Cette certification ouvrira l’accès aux hôpitaux coréens via des distributeurs spécialisés en dispositifs médicaux, un canal très différent de celui des plateformes humanoïdes pour laboratoires.
Pourquoi la Corée du Sud accélère
WIRobotics complète un paysage coréen qui a pris une autre dimension ces derniers mois. KAIST a sorti un humanoïde de 75 kg capable de courir à 13 km/h, Hyundai Motor déploie des robots embodied dans ses chaînes, et le gouvernement de Séoul finance un modèle fondation national pour humanoïdes. La levée de WIRobotics donne au pays un acteur privé de plus, doté de l’avantage rare d’avoir déjà vendu un produit physique à plusieurs milliers d’exemplaires avant d’attaquer le humanoïde.
Pour le marché, le signal est double. D’abord, la course aux humanoïdes ne se joue plus seulement entre les États-Unis et la Chine. Ensuite, le ticket de 63 millions de dollars devient le minimum acceptable pour rester crédible dans cette nouvelle ligue. Mind Robotics, le spin-off de Rivian, a levé 400 millions en quelques mois ; le britannique Humanoid prépare une IPO américaine en 2030 ; AGIBOT a passé 39 % de parts de marché mondial sur les humanoïdes selon Xinhua. WIRobotics arrive avec un produit prêt et une base installée, deux atouts qui devraient peser dans la prochaine étape de consolidation.
Sources : Korea Biomedical Review, Cointelegraph.
