Chine et Asie

Doozy Robotics fait sortir Singapour de l’ombre : la startup d’humanoïdes industriels annonce 200 millions de dollars de pipeline et débarque chez Daimler et Carrier

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

Doozy Robotics, startup singapourienne d’humanoïdes industriels, vient d’annoncer son expansion vers les États-Unis, le Golfe et l’Asie. La société affiche un pipeline commercial de plus de 200 millions de dollars, un protocole d’accord à 144 millions avec un grand client industriel et des pilotes en cours chez Daimler, Carrier et VitaQuest. Le tout avant même de boucler sa Series A.

L’annonce a été faite lundi 25 mai par Cocoon Capital, l’un des investisseurs historiques de la société. Doozy, fondée par Suresh Chandrasekar et Ajmal Thahseen, construit ce qu’elle décrit comme une « main-d’œuvre industrielle physique IA » verticalement intégrée. Concrètement, l’entreprise ne se contente pas de fabriquer un humanoïde de plus dans un marché qui en compte déjà plusieurs dizaines. Elle empile humanoïdes, robots mobiles autonomes et chariots élévateurs autonomes sous une couche d’orchestration unique baptisée Eywa-OS.

Eywa-OS, la pièce maîtresse de l’offre

La plateforme Eywa-OS est présentée comme une couche d’IA opérationnelle capable d’interpréter des objectifs de production, d’assigner des tâches à des flottes hétérogènes de machines et de s’adapter en temps réel aux conditions d’une usine. C’est exactement le maillon manquant aujourd’hui sur le marché : la plupart des startups d’humanoïdes vendent un robot, parfois un duo robot-bras-articulé, mais peu proposent une véritable orchestration multi-flotte. Locus Robotics travaille dans cette direction côté entrepôt, FANUC s’y met avec Google côté usine, et Doozy attaque l’ensemble dès le départ.

Le produit hardware vedette, baptisé Industrial Super Humanoid, est prévu pour un lancement au troisième trimestre 2026. D’ici là, Doozy déploie déjà des pilotes avec ses partenaires actuels, dont un pharmacien américain dont le nom n’a pas été communiqué.

Un pipeline à 200 millions et un MoU à 144

Les chiffres mis en avant par la société sont solides pour une boîte qui n’a pas encore lancé son produit phare. Doozy revendique un pipeline global supérieur à 200 millions de dollars et un protocole d’accord à 144 millions avec un grand client industriel non nommé. Côté clients déjà engagés, les noms cités sont Daimler, Carrier et VitaQuest, soit trois logos qui pèsent dans l’automobile, l’équipement industriel et la nutrition.

Le modèle commercial s’inscrit dans la lignée de ce qui se généralise dans le secteur : pas de vente de robots à l’unité, mais une offre Robot-as-a-Service en abonnement, qui permet aux clients d’ajuster leur flotte au rythme de leurs besoins de production. C’est le même schéma adopté par Humanoid (ex-SKL Robotics) avec Bosch et Schaeffler, ou par Agility Robotics avec GXO. La logique est simple : un humanoïde coûte cher, son ROI dépend de son taux d’utilisation, donc un modèle de service permet aux clients de tester sans amortir 100 000 dollars d’investissement.

Singapour vise un rôle dans la cartographie mondiale

L’apparition de Doozy change un peu la photo de la robotique mondiale. Jusqu’ici, le débat opposait essentiellement la Chine, qui injecte plusieurs milliards par mois dans des dizaines de startups, et les États-Unis, qui concentrent les valorisations élevées autour de Figure AI, Apptronik ou 1X. Singapour, plus discret, joue traditionnellement la carte du hub logistique et financier. Avec Doozy, la cité-État entre dans la liste des places qui produisent et exportent leurs propres humanoïdes industriels.

L’expansion vers le Golfe est un signal fort. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite investissent massivement dans l’IA et la robotique depuis dix-huit mois, à coups de partenariats stratégiques avec G42, Aramco Digital ou le fonds Mubadala. La région cherche à diversifier son économie post-pétrole et la robotique industrielle est l’un des axes prioritaires. Doozy y arrive avec un produit prêt à industrialiser, une couche logicielle propre et un appétit affiché pour les contrats long terme.

Une concurrence qui se densifie côté physical AI

Le timing de l’annonce coïncide avec un emballement du segment « Physical AI » industriel. FANUC vient de s’allier à Google pour pousser de l’IA dans ses robots traditionnels, Kawasaki Heavy Industries a ouvert un centre R&D à San Jose avec Nvidia, et Humanoid démarre la production de masse en Europe via Bosch. Côté américain, Locus Robotics a racheté Nexera pour ajouter une main intelligente à ses AMR.

Dans ce paysage déjà fragmenté, Doozy parie sur l’orchestration logicielle comme barrière à l’entrée. Eywa-OS sera le test : si la plateforme tient ses promesses de pilotage d’une flotte mixte humanoïde-AMR-chariot, Doozy se positionne comme un intégrateur de référence plutôt qu’un simple fabricant de robot de plus. Sinon, la société rejoindra la longue liste des startups qui auront annoncé un pipeline impressionnant sans jamais convertir.

Le verdict viendra avec la commercialisation de l’Industrial Super Humanoid au troisième trimestre. À ce moment-là, les chiffres réels de déploiement seront beaucoup plus parlants que le pipeline annoncé aujourd’hui.

Source : The AI Insider, Doozy Robotics.