La Corée du Sud pourrait devenir l’atelier mondial des robots humanoïdes. C’est le constat d’une note de Goldman Sachs Research publiée le 25 juin, qui place le pays au centre de la prochaine vague d’industrialisation de la robotique. Selon la banque, les entreprises coréennes pourraient représenter près de 30 % de la production mondiale d’humanoïdes d’ici 2035.
Quand l’industrie auto devient un avantage robotique
L’argument de Goldman repose sur un héritage industriel. La base automobile coréenne correspond presque parfaitement aux composants dont les humanoïdes ont le plus besoin : actionneurs, capteurs et moteurs électriques. Fabriquer ces pièces durables à grande échelle, les usines coréennes savent déjà le faire.
Ce déplacement change la nature même de l’investissement dans l’IA. Pendant deux ans, l’argent a coulé vers l’entraînement de modèles et l’infrastructure cloud. Le centre de gravité se déplace désormais vers la fabrication de précision, l’assemblage robotique et les sociétés capables de produire des composants fiables en série. La chaîne d’approvisionnement coréenne pourrait soutenir près de 74 000 unités d’humanoïdes d’ici 2030.
Le pays le plus automatisé du monde
La Corée du Sud part avec une longueur d’avance. La Fédération internationale de robotique a recensé 1 012 robots industriels pour 10 000 employés en 2023, soit la densité la plus élevée au monde. À titre de comparaison, la moyenne mondiale s’établissait à 162 unités pour 10 000 salariés la même année.
Cet écosystème offre un avantage rare : un environnement de production réel plutôt qu’un futur cantonné au laboratoire. Les humanoïdes ont plus de chances de se déployer là où les usines maîtrisent déjà les robots, les contrôles, le temps de fonctionnement et la maintenance. La Corée du Sud n’est donc pas seulement un marché, c’est un terrain d’essai grandeur nature.
Une politique industrielle dédiée
Le gouvernement coréen accompagne ce virage. Le 10 avril 2025, le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie a annoncé la K-Humanoid Alliance, un consortium réunissant plus de 40 fabricants de robots, fournisseurs de composants, chercheurs, universités et organismes publics.
Les objectifs sont précis : développer ensemble des modèles d’IA pour robots, les technologies clés des humanoïdes, des semi-conducteurs dédiés à l’IA et des batteries de mobilité. L’État apportera un soutien financier à la recherche et au développement liés à l’alliance.
Les noms à surveiller sont déjà là
Un écosystème robotique se structure autour de Séoul. La société ROBOTIS, spécialiste des actionneurs, met en avant ses plateformes humanoïdes et d’IA physique, avec une gamme qui va des systèmes semi-humanoïdes aux manipulateurs. Côté équipementiers, HL Mando est cité comme un fournisseur potentiel d’actionneurs, ces composants qui animent bras, jambes et articulations des doigts.
Cette note prolonge un rapport de Goldman daté de février 2024, qui estimait le marché mondial des humanoïdes à au moins 6 milliards de dollars sur dix à quinze ans. Le message a évolué : la question n’est plus seulement de savoir qui achètera ces machines, mais qui fournira les moteurs, puces, systèmes de batteries et sous-ensembles mécaniques qui rendront leur production possible.